Lettre ouverte à M. Edouard Philippe : Situation du navire Aquarius 2

Monsieur le Premier Ministre,

Le 23 septembre dernier, l’Aquarius, bateau affrété par les ONG SOS Méditerranée et Médecins sans Frontières, accueillait à son bord 58 personnes, 58 vies humaines, sauvées des eaux grâce à son intervention. Si ce sauvetage, preuve d’un altruisme sans bornes, n’est pas le premier fait d’armes de son équipage, la question se pose désormais de savoir s’il s’agissait là du dernier.

Une fois de plus confronté à d’immenses difficultés dans sa quête d’un mouillage, l’Aquarius doit également faire face au retrait de son pavillon panaméen, lequel lui interdit désormais de naviguer légalement dans les eaux internationales. A cette situation regrettable viennent s’ajouter les commentaires inadmissibles de certains élus n’hésitant pas à qualifier l’équipage de l’Aquarius de « passeurs », créant ainsi un parallèle aussi fallacieux qu’inacceptable entre des réseaux criminels exploitant la misère et des personnels motivés par la seule volonté de porter secours à des êtres humains en danger de mort.

Nous avons pleinement conscience, Monsieur le Premier Ministre, des obligations internationales en matière de sauvetage des personnes en mer, de même que nous avons pleinement conscience des turpitudes de certains de nos partenaires européens. Nous avons pleinement conscience, enfin, que des vies humaines ne sauraient être sacrifiées sur l’autel de la diplomatie européenne. La France ne peut le permettre.

Selon le rapport annuel de l’Agence des Nations Unies pour les réfugiés,16,2 millions de personnes dans le monde ont fui leur pays en 2017. Le nombre de déplacés en dehors de leur pays a atteint un nouveau record jamais égalé auparavant. Parmi les pays hôtes, la Turquie abritait le plus grand nombre de réfugiés, accueillant 2,8 millions d’entre eux. Viennent ensuite le Pakistan, le Liban, l’Iran, l’Éthiopie, la Jordanie, le Kenya, l’Ouganda, l’Allemagne et le Tchad. Le constat est sans appel : 10 pays accueillent environ 56 % des réfugiés. Il s’agit là d’une responsabilité bien trop lourde pour des pays qui, exception faite de l’Allemagne, connaissent de grandes difficultés de développement.

Au regard des chiffres actuels et à venir sur les personnes déplacées dans le monde, il est à la fois urgent et nécessaire d’apporter une solution durable. L’assistance aux naufragés ne devrait en aucun cas faire l’objet de telles tergiversations, qui ne font par ailleurs que retarder la prise de décisions qui s’impose. La constante répartition des personnes naufragées entre les différents pays européens n’est qu’un palliatif face à une situation récurrente, et met une fois de plus en exergue les ambiguïtés et les limites de notre politique migratoire, tant sur le plan européen que national.

Forts de ces convictions, nous souhaitons, par la présente, vous demander solennellement de nous faire connaître les intentions de la France concernant le sort de l’Aquarius.

Nous sommes persuadés qu’agir en faveur de ce navire, ne serait-ce qu’en l’autorisant à aborder les côtes françaises, constituerait un geste fort à l’adresse de l’Europe, mais également à l’endroit du reste du monde. Le geste d’une France déterminée, confiante en l’efficacité de son droit migratoire, mais surtout d’une France humaine, à rebours des logiques mortifères du populisme.

Nous vous prions d’agréer, Monsieur le Premier Ministre, nos salutations les plus respectueuses.

Pour en savoir plus, retrouvez l’article de l’Express « Aquarius : Deux députés LREM interpellent Edouard Philippe ».

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